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Showing posts with the label ecolinguistique

La « prise de conscience écologique »

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« Eveillons les consciences » Depuis fort longtemps il existe une idée très répandue dans nos sociétés modernes, selon laquelle la destruction de la nature et la pollution de notre environnement sont des problèmes associés à la conscience : « Il faudrait que les gens, les dirigeants, les entreprises, etc. prennent conscience des menaces écologiques ». D'habitude cette idée est accompagnée d'une attitude d'attente « Il faut attendre une prise de conscience. Cela va prendre du temps ». Mais que se passerait-t-il s'il se trouve que nous ayons une idée erronée de ce qu'est la conscience ? Prenons par exemple la crise climatique. Nous savons aujourd'hui que la plupart des principales multinationales du pétrole (ExxonMobil, Shell, BP) savent depuis plus de quarante ans sur l'existence du réchauffement planétaire et ses conséquences désastreuses  : des événements météorologiques extrêmes, les régions du globe qui deviennent inhabitables, et...

Comment ne pas penser grâce à l'histoire du colibri

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Un colibri. Photo par  Chris Charles  sur   Unsplash Dans des posts précédents, nous avons examiné plusieurs mécanismes linguistiques et leurs conséquences sur la façon dont nous pensons les problèmes environnementaux. D'une part, dans un post ( lien ici ) nous avons étudié l'action de passiver une phrase, c'est-à-dire reformuler une phrase à la voix passive de sorte que la cause responsable soit effacée : Les écosystèmes se dégradent ; L'Amazonie brûle ; La planète se réchauffe ; Les espèces sont menacées d'extinction, etc. en sont des exemples. Dans toutes ces phrases, celui ou ce qui est responsable de l'action est absent ou inexistant , ce qui bien entendu ne permet pas d'identifier la ou les causes responsables. A son tour, il est évident que si on n'identifie pas la cause d'un problème, il est fort probable qu'on ne pourra pas le résoudre. En général, l'absence de causes des problèmes écologiques nous amène a vouloir résoudre l...

Quand le langage crée les conditions de l'apathie et de l'indifférence : « l’érosion de la biodiversité »

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Photo de Corrado Alisonno , licence CC BY-NC-SA 2.0 Traduction française de  Lise Mayrand Par Rodrigo Cáceres L'un des objectifs principaux de l’éducation environnementale, du journalisme environnemental et des sciences de la conservation est d'amener les individus à se soucier de la nature. Ceux-ci devraient se soucier de la nature parce qu'elle est magnifique ; parce qu’elle devrait être respectée ; parce qu'elle est détruite un peu plus chaque jour ; parce que nous ne pouvons vivre sans elle ; parce que nous ne pouvons en être dissociés, entre autres. Avant de commencer, j'aimerais que vous gardiez à l'esprit cette citation d'Aldo Leopold, qu'il est coutume de considérer comme l’un des plus importants philosophes de l'environnement du siècle dernier. Dans un de ses ouvrages, paru en 1949, il écrivait : « Nous ne sommes potentiellement ‘éthiques’ qu'en relation à quelque chose que nous pouvons voir, sentir, aimer d...

Comment les responsables de la crise écologique sont effacés du discours (Partie I)

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Par Rodrigo Cáceres Commençons avec un petit rappel de grammaire élémentaire. Dans la langue française (mais aussi en Espagnol et en Anglais) il existe plusieurs façons d'effacer un actant dans une phrase. L' actant correspond à l'agent qui exécute l'action exprimée par le verbe. Je vous montre un exemple :    «  Elle a cassé le verre  »  ⇒  «  Le verre s'est cassé  » Dans la phrase à gauche, on peut identifier l'actant  «  Elle  »  qui exécute l'action. L'un des moyens de supprimer un actant consiste à passiver une phrase . ( Passiver signifie reformuler une phrase dans la voix passive ) .  Ainsi, dans la phrase à droite, on peut remarquer que le sujet  «  Elle   »  a été effectivement effacé. Dans cette phrase, on peut en déduire que l'une de deux choses suivantes s'est produite : soit  «  d'une manière ou d'une autre   »  le verre a été cassé, soit  «  q...

« L'exploitation des ressources naturelles » en cause

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par Rodrigo Cáceres Depuis quelques jours je me suis mis à la tâche de faire une analyse écolinguistique des manuels scolaires de Sciences de la Vie et de la Terre (SVT) en collège, avec des résultats assez surprenants. Dans un manuel de sixième, les relations entre les humains et la nature sont un sujet très peu abordé. Toutefois, lorsque le manuel en parle, ces relations à la nature sont racontées à travers la notion de « l'exploitation des ressources naturelles ». Apparemment, l'une des attentes transversales du programme de SVT au collège est la compréhension des « enjeux de l'exploitation des ressources naturelles ». Ce que je voudrais essayer de vous montrer est que cette notion est loin d'être neutre, on va illustrer comment elle chosifie la nature en même temps qu'elle symbolise une vision strictement utilitariste de la nature. En premier lieu, parler de « l'exploitation des ressources naturelles » crée un cadre particulier pour comp...

"Les humains" détruisent la Terre...Vraiment ?

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Photo by  Benny Jackson  on  Unsplash Aujourd'hui je me suis retrouvé avec une bande dessinée qui m'a laissé un peu perplexe et pensif... (vous pouvez la regarder ici:  Bande dessinée ) En elle on peut y voir un scientifique ( représentant la communauté scientifique)  qui affiche une conclusion catégorique : "Nous détruisons la Terre". A sa droite, un fonctionnaire du gouvernement lui demande " Pourriez-vous reformuler cela dans des termes vagues, imprécis, ambigus et indirects que tout le monde puisse comprendre ?" Paradoxalement, ce que je voudrais essayer de vous montrer est que le fait de dire "Nous détruisons la Terre" représente déjà une notion vague et imprécise des problèmes environnementaux. Pour ceux qui sont familiarisés avec le journalisme environnemental ou bien avec des articles scientifiques autour de l'environnement, vous auriez pu constater que la plupart du temps la responsabilité des problèmes enviro...

Qu'est-ce que l'écolinguistique ?

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Chaque société a sa propre vision unique de la nature, sa propre interprétation de ce qui constitue le monde. Chez la communauté Comanche aux États-Unis, par exemple, il existe un lien de parenté qui relie les humains à tout ce qui existe, aux animaux, aux plantes et à la matière même dont les étoiles sont faites, puisque nous avons tous un origine commun.  Dans nos sociétés industrielles, en revanche, la nature est perçue principalement par son utilité : chez nous la nature n’est pas tout à fait nature mais elle est surtout un ensemble de « ressources naturelles ». De façon similaire, les écosystèmes ne sont pas tout à fait des écosystèmes mais ils sont surtout un ensemble de « services écosystémiques ». Qu’est-ce que la nature ? Est-elle notre famille ou bien une ressource ? Sans doute, les réponses qu'on donne à cette question façonnent les manières dont on la traite et comment chaque société l’intègre dans son sein ou bien la sépare. Le langage y joue un rôle fond...